Merci de ne pas me déranger! Je rêve…

 « La rêverie est le dimanche de la pensée. » Henri-Frédéric Amiel
Etre à sa fenêtre et…rêver !
Vieille expression, désuète ! Certes ! La place de la rêverie dans notre vie, quelle est-elle ? Prenons nous encore le temps de nous laisser aller à la rêverie paresseuse devant le feu de bois de l’âtre, devant une fenêtre ouverte vers n’importe quel paysage ? Question de temps vous allez me dire, question de quiétude personnelle, question d’équilibre social…Bien sûr, tout cela est vrai.
Qui peut se permettre ce luxe ? Le retraité qui a tout son temps, les nantis n’ayant aucun souci vital, les artistes adeptes du rêve ?? Oui, oui, je réponds oui !
Mais…
Allez souvenez-vous de votre longue présence sur les bancs de l’école et faites remonter à votre mémoire ces non moins longs moments le nez dans les étoiles de la vieille fenêtre de la classe. Allez souvenez-vous de votre visage d’adolescent collé à la vitre arrière de la voiture de vos parents et le regard perdu dans le défilé des arbres de bord de route ! Allez souvenez-vous de votre tête bloquée, d’un coup, sur la lucarne de votre bureau, atelier que sais-je encore, et cette collègue qui vous brutalise par un « alors on est dans la lune » !!!
Eh bien oui, la rêverie est cette liberté de l’esprit qui échappe parfois à notre conscience si rationnelle ; la rêverie est cette respiration libertaire si secrète qu’elle en devient indicible. Qui a répondu clairement à « à quoi pensais-tu » ? Nous répondons invariablement « à rien »…
Bachelard nous dit que « Les grandes passions se préparent en de grandes rêveries ». Alors, ne culpabilisons plus de nous laisser aller à cette fonction vitale. Mais le diable n’est-il pas dans ces rythmes imposés ou que nous nous imposons indépendamment de tout souci personnels, professionnels, sociaux qui sont des obstacles rédhibitoires à la rêverie.
Qui tue le droit au rêve de jour ? Qu’on enquête sur les coupables…Nous avons quelques pistes naturellement et en premier le fait que nous ne nous autorisons plus à ne…rien faire ! Notre esprit ou nos mains sont toujours occupés par quelque chose qui brise notre élan naturel à la rêverie. Cherchez, vous trouverez facilement les responsables…Comme beaucoup d’autres avant moi, je revendique le droit à la paresse.
Ce matin, je mets donc mon nez à ma fenêtre et prétextant voir arriver l’automne, je m’évade…
« Tu penseras à fermer la fenêtre » !!! Voilà ma douce rêverie est terminée, tuée, assassinée…Rhhhh !
Rêverie.
Oh ! Laissez-moi ! C’est l’heure où l’horizon qui fume
Cache un front inégal sous un cercle de brume,
L’heure où l’astre géant rougit et disparaît.
Le grand bois jaunissant dore seul la colline.
On dirait qu’en ces jours où l’automne décline,
Le soleil et la pluie ont rouillé la forêt.
Oh ! Qui fera surgir soudain, qui fera naître,
Là-bas, — tandis que seul je rêve à la fenêtre,
Et que l’ombre s’amasse au fond du corridor, —
Quelque ville mauresque, éclatante, inouïe,
Qui, comme la fusée en gerbe épanouie,
Déchire ce brouillard avec ses flèches d’or !
Qu’elle vienne inspirer, ranimer, ô génies,
Mes chansons, comme un ciel d’automne rembrunies,
Et jeter dans mes yeux son magique reflet,
Et longtemps, s’éteignant en rumeurs étouffées,
Avec les mille tours de ses palais de fées,
Brumeuse, denteler l’horizon violet !
Victor Hugo